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Un nouveau livre de Michel Brunet c'est toujours un régal,
et même si l'éditeur le présente en quatrième
de couverture comme licencié en droit,
agrégé d'histoire, docteur d'Etat et professeur émérite
de l'Université de Toulouse-Le Mirail, ce qui est plutôt
rebutant en soi, il omet de préciser
qu'il est avant tout un écrivain. Un historien qui écrit
bien, la chose est assez rare pour devoir être soulignée.
Malgré ou peut être à cause de la
licence en droit, Michel Brunet est un bon libertaire - il y a du
Brassens chez cet homme là - ce qui lui évite de tomber
et dans un irrédentisme qui en son temps fit la gloire du
préfet Bonnet ou dans l'horreur jacobine si chère
à Chevênement.
Les terres catalanes du nord de l'Albère n'ont pas toujours
étaient, point sans faut, un lieux de villégiature
pour cultiver le farniente tant vanté par nos officines de
tourisme. Autour du XVIIIe siècle, les Catalans jaloux d'une
indépendance de fait ne sortaient jamais sans une bonne lame
où un bon mousquet qu'ils utilisaient avec dextérité,
rien à voir avec les révolutionnaires des ../images d'Epinal
armés de fourches et de faux. C'était une époque
où la contrebande était une véritable institution
qui employait des centaines d'hommes armés, et sur laquelle
se bâtissait de véritables fortunes et des établissement
bancaires de renom. Michel Brunet sait passionner son lecteur, les
anecdotes qui parsèment le texte sont choisies avec parcimonie
dans tous les villages de notre pays, et une petite pointe d'humour
est toujours la pour adoucir le tragique des situations " ils
déclarèrent qu'il n'avait pas fait grand chose, qu'abattre
un employé (des douanes) ". On tuait beaucoup en Pays
Catalan à cette époque-là, ce qui ferait passer
la Corse d'aujourd'hui pour un véritable paradis Gandhien.
Mais ce qui ressort parfaitement du livre c'est que l'autochtone
éprouvait alors une véritable répulsion pour
toute autorité et tout ce qui nous arrivait du nord de Salses
en général. Voilà comment s'exprimait sur la
chose publique un notable de Banyuls, haut lieu de contrebande "
Quand on achète et qu'on revend, on n'est qu'un honnête
commerçant et les entraves imaginées par l'Etat à
ces légitimes transactions sont simplement à porter
au passif d'opérations globalement bénéficiaires
", qu'en de termes libéraux ces choses là sont
dites, nous remarquerons que si l'on ne tue plus aussi souvent aujourd'hui,
on peut, sans exagérer outre mesure, reconnaître que
beaucoup pensent encore de cette façon là.
Pour la modique somme de cent francs, c'est un excellent voyage
dans notre histoire et une véritable prouesse d'écrivain
que vous réserve son auteur ce qui vous incitera à
acheter tout ce qu'il a déjà publié jusqu'à
aujourd'hui. Si ce n'est encore fait ne vous privez pas de sa thèse
" Le Roussillon une société contre l'état
" toujours au Trabucaire, un vrai délice.
206 pages - 15,24 euros.
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