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En ces temps de risques visibles, ostentatoires et ostensibles
de religiosité exacerbée, Michel Brunet nous régale
de son tout dernier-né, dédié à "
la montée de l'anticléricalisme dans le département
des Pyrénées-Orientales " de 1800 à
1850. Malgré une licence et une agreg. d'histoire, ce professeur
émérite de l'université de Toulouse le Mirail,
écrit divinement bien. (Celle-là, je crois que je
lui avais déjà servi).
Son style littéraire, bourré d'humour, se dévore
comme une histoire de Jacquet à France Bleue. Derrière
chaque phrase, chaque qualificatif, on sent, posé sur le
drame, son oeil égrillard et son sourire de " Canard
Enchaîné ".
Les longues heures passées aux archives à la recherche
passionnée de toutes les turpitudes dont les Hommes sont
capables pour conquérir et surtout conserver le pouvoir,
lui ont appris à se méfier de toutes les passions.
Qu'elles invoquent un royaume qui n'est pas de ce monde comme celles
des laïcards toujours en quête de têtes pour décorer
leurs piques.
" Le Roussillon ... était un pays rebelle, qui avait
dans son ensemble mal accueilli la Révolution Française.
Le monarque souverain n'exigeait jusque-là de " ses
peuples " que la soumission. La souveraineté populaire
(devait) faire table rase de tous les particularismes administratifs,
juridiques, religieux, linguistiques et de tout ce que l'on appelait
les libertés ou les privilèges (deux expressions qui
avaient à peu près la même signification) pour
déboucher sur l'égalité d'une république,
une et indivisible ".
Tout est dit dans cette introduction de l'auteur, et que l'on soit
grenouille de bénitier ou hussard noir de la république,
on ne peut en nier la justesse. Le reste n'est que querelles de
cloche-merle, une lutte de curetons et de " menja capellans
" qui vous fera rire et sourire. Que du grand guignol, c'est
fou ce que l'Homme est capable d'inventer pour empêcher son
voisin de vivre comme il l'entend. Avec l'humour du professeur Brunet,
c'est un régal.
Ces luttes villageoises, provoqueront quelques cinquante ans plus
tard la séparation de l'église et de l'Etat, tant
commentée ces jours-ci. Mais plus qu'une radicalisation républicaine,
il s'agissait surtout d'occuper la " gauche " du moment
avec des guéguerres de clochers.
Il fallait surtout éviter que la classe ouvrière ne
réclame les avancées sociales obtenues par tous leurs
collègues de l'Europe du Nord, Angleterre et Allemagne
en tête. Ces histoires de batailles champêtres entre
" Rojos d'un costat, blancs, carlins o rastellers de l'altre
" qui enchantèrent nos veillées à la "
vora del foc ". Ces villages aux deux bals, l'un rouge l'autre
blanc, ces deux cafés, ces processions en doubles avec Marianne
ou Vierge Marie en tête, et ces belles bagarres de fin de
journée, auront servi à repousser toutes les avancées
sociales pendant trente ans de plus.
Jusqu'au Front Populaire, c'était pas si mal vu.
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