Le curé et ses ouailles
La montée de l'anticléricalisme dans le département des PO (1800-1852)

 

En ces temps de risques visibles, ostentatoires et ostensibles de religiosité exacerbée, Michel Brunet nous régale de son tout dernier-né, dédié à " la montée de l'anticléricalisme dans le département des Pyrénées-Orientales " de 1800 à 1850. Malgré une licence et une agreg. d'histoire, ce professeur émérite de l'université de Toulouse le Mirail, écrit divinement bien. (Celle-là, je crois que je lui avais déjà servi).
Son style littéraire, bourré d'humour, se dévore comme une histoire de Jacquet à France Bleue. Derrière chaque phrase, chaque qualificatif, on sent, posé sur le drame, son oeil égrillard et son sourire de " Canard Enchaîné ".
Les longues heures passées aux archives à la recherche passionnée de toutes les turpitudes dont les Hommes sont capables pour conquérir et surtout conserver le pouvoir, lui ont appris à se méfier de toutes les passions. Qu'elles invoquent un royaume qui n'est pas de ce monde comme celles des laïcards toujours en quête de têtes pour décorer leurs piques.

" Le Roussillon ... était un pays rebelle, qui avait dans son ensemble mal accueilli la Révolution Française. Le monarque souverain n'exigeait jusque-là de " ses peuples " que la soumission. La souveraineté populaire (devait) faire table rase de tous les particularismes administratifs, juridiques, religieux, linguistiques et de tout ce que l'on appelait les libertés ou les privilèges (deux expressions qui avaient à peu près la même signification) pour déboucher sur l'égalité d'une république, une et indivisible ".

Tout est dit dans cette introduction de l'auteur, et que l'on soit grenouille de bénitier ou hussard noir de la république, on ne peut en nier la justesse. Le reste n'est que querelles de cloche-merle, une lutte de curetons et de " menja capellans " qui vous fera rire et sourire. Que du grand guignol, c'est fou ce que l'Homme est capable d'inventer pour empêcher son voisin de vivre comme il l'entend. Avec l'humour du professeur Brunet, c'est un régal.
Ces luttes villageoises, provoqueront quelques cinquante ans plus tard la séparation de l'église et de l'Etat, tant commentée ces jours-ci. Mais plus qu'une radicalisation républicaine, il s'agissait surtout d'occuper la " gauche " du moment avec des guéguerres de clochers.
Il fallait surtout éviter que la classe ouvrière ne réclame les avancées sociales obtenues par tous leurs collègues de l'Europe du Nord, Angleterre et Allemagne en tête. Ces histoires de batailles champêtres entre " Rojos d'un costat, blancs, carlins o rastellers de l'altre " qui enchantèrent nos veillées à la " vora del foc ". Ces villages aux deux bals, l'un rouge l'autre blanc, ces deux cafés, ces processions en doubles avec Marianne ou Vierge Marie en tête, et ces belles bagarres de fin de journée, auront servi à repousser toutes les avancées sociales pendant trente ans de plus.
Jusqu'au Front Populaire, c'était pas si mal vu.



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